Comment éviter de faire la bise ou serrer la main ? | VitalSmarts France

Comment éviter de faire la bise ou serrer la main ?

Nous aurions tous bien besoin de se prendre dans les bras, mais ces dernières semaines tout le monde s’est mis à garder ses distances. Cependant, la question se pose : comment allons-nous saluer nos collègues, nos clients et nos proches à la sortie du confinement, sans nous mettre en danger ?

La semaine dernière, une cliente a partagé avec moi son sentiment d’être jugée par ses collègues au bureau, parce qu’elle ne voulait pas faire la bise et qu’elle évitait de toucher les poignées de porte (avant le confinement). Elle se sentait mal à l’aise avec cette situation, parce qu’elle ne voulait offenser personne.

C’est une situation qui va se présenter pour chacun d’entre nous, dans quelques semaines, quand nous rencontrerons de nouvelles personnes, quand nous nous réunirons à nouveau avec nos collègues, nos clients ou notre famille que nous n’aurons pas vu depuis un certain temps. Comment pouvons-nous gérer cette situation potentiellement gênante ? Voici quelques conseils.

Ne vous laissez pas déstabilisé par les jugements, ne vous souciez pas de ce que pensent les autres ! Faites ce qu’il vous semble bon de faire et supposez que les autres font ce qu’il leur semble bon de faire. Nous sommes tous à des niveaux différents sur l’échelle des peurs et des conformités.

Le moment de se saluer, c’est un petit geste qui peut avoir une grande portée. Quand quelqu’un vient vers vous et que vous choisissez de rejeter cette offre, vous enfreignez les codes sociaux. C’est un « micro-refus » qui peut être inconfortable et risqué. Ceci peut être encore plus significatif dans les cultures où il est attendu des personnes de saluer d’une certaine façon les personnes à statut supérieur.

L’autre personne risque de se sentir rejetée, en insécurité ou mal à l’aise avec vous.

Vous vous souciez certainement de la mauvaise impression que cela peut causer ou du message inamical que cela envoie. Ceci peut créer des situations où vous ne savez pas sur quel pied danser, où vous essayez d’imaginer ce qui vous mettra tous deux à l’aise.

Quand nous observons le comportement des autres, nous les jugeons instantanément, c’est une question de secondes, et ils nous jugent aussi ! Comprendre ces deux faits, la peur d’être rejeté et le jugement rapide, nous donne deux stratégies pour avancer : gérer les interprétations (et le jugement) et créer de la sécurité.

1. Réévaluer et Reformuler : gérer vos propres interprétations et émotions

Tout d’abord, vous devez gérer vos interprétations. Nos interprétations et nos jugements créent nos sentiments. Quand nous voyons quelque chose, nous y apposons un jugement de valeur immédiat, que ce soit bon ou mauvais, professionnel ou pas, éthique ou non. La nature de nos interprétations cause nos sentiments. Si l’interprétation est positive, nous avons des sentiments positifs. Si notre interprétation est négative, nos sentiments sont négatifs.

Comme il se passe la même chose pour la personne en face de nous, vous devez gérer votre propre interprétation ainsi que celle de l’autre, pour empêcher le développement de sentiments négatifs des deux côtés.

Vous pouvez « reformuler » ou réévaluer vos interprétations de la situation : au lieu de penser que l’autre personne est irresponsable (une interprétation négative), regardez la situation d’une perspective nouvelle et positive. L’autre personne n’a pas peur pour sa santé, elle n’est pas aussi bien informée que vous, ou elle n’a peut-être pas pensé aux risques (c’est une interprétation plus neutre). Il faut prêter une intention positive à l’autre. Essayez simplement de le comprendre, ce qui ne veut pas dire que vous approuvez son comportement. Mais ceci vous rendra moins aigri et plus à même de le cerner.

Cette technique de reformulation (« reframing » en anglais) a été développée dans les années 60 par Aaron T. Beck, un psychiatre américain, professeur honoraire de l’université de Pennsylvanie. La reformulation positive c’est essayer de réexaminer les évènements et comportements des autres sous une lumière plus positive en cherchant des explications alternatives pour ce qu’il s’est passé. Revoir vos interprétations est un moyen puissant pour transformer votre cheminement de pensées. Cela ne change pas la situation, mais cela change très certainement la façon dont vous vous sentez.

2. Créer de la sécurité pour vous et pour les autres

Dans un deuxième temps, vous pouvez créer une sécurité psychologique pour les autres, en prévenant leur sentiment négatif de rejet. Soyez prévoyant et créez de la sécurité, en partageant vos bonnes intentions par une phrase toute simple « je ne veux pas paraître impolie. Nous devrions garder une certaine distance dans ce monde en pleine pandémie » ou « je suppose que nous ne sommes plus censés se serrer la main maintenant ».

Pour renforcer cette sécurité il y a d’autres moyens, plus subtils à mettre en place. Vous pouvez tout simplement garder plus de distance avec la personne devant vous pour prévenir qu’elle ne vienne automatiquement vous faire la bise ou vous serrer la main.

Nous pouvons nous inspirer des autres cultures où il y a une distance dans la salutation. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, recommande de mettre la main droite sur le cœur. Il y a d’autres formes de salutations sans contact que nous pouvons choisir, tel que le traditionnel Namasté indien ou le gong-shou chinois.

Pour prévenir toute situation inconfortable ou sentiment de rejet, vous pouvez éviter tout contact physique en disant simplement « bonjour », comme le font les allemands, en levant légèrement la main droite, et en gardant de la distance. Cela donne un signal immédiat à votre interlocuteur, que vous n’avez pas l’intention de vous rapprocher.

C’est important de vous décider en amont, de ce qui vous rend à l’aise et comment vous allez saluer les autres. Avoir une idée en tête vous rendra plus confiant et rendra la situation moins gênante.

Faire la bise ou se prendre dans les bras sera bientôt démodé. Les personnes seront plus à l’aise pour garder une certaine distance vis-à-vis de leurs compatriotes pas seulement pour éviter de tomber malade mais surtout parce que c’est civilisé et la bonne manière de faire.

Par Dagmar Doring-Riva, Master Trainer VitalSmarts France

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30 avril 2020

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